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Formule 1 : La longue et coûteuse route des apprentis pilotes

Avec de nombreux obstacles économiques et politiques à franchir avant de prendre le volant en Formule 1, les aspirants pilotes doivent très tôt mettre en place une véritable stratégie pour réussir dans ce milieu sportif très spécial.

 

Louis Deletraz.

« Il n’y a que des jeunes riches »

Interrogé par Le Monde et le Sunday Times avant le Grand Prix de Monaco, Lewis Hamilton dressait ce constat accablant sur le monde de la Formule 1 : « Le souci est qu’il n’y a que des jeunes riches qui arrivent dans ce sport, pas de gamins qui viennent des classes défavorisées. Résultat, les meilleurs talents n’émergent pas. »

Le long chemin d’apprentissage des pilotes, gravissant les différentes catégories du kart régional à la Formule 1, doit évidemment beaucoup au talent. Mais dans le sport automobile plus qu’ailleurs, ce talent est indéniablement conditionné par l’accès à des moyens économiques colossaux. Dès le karting, les jeunes pilotes doivent se construire un réseau. L’aspect financier, encore principalement assumé par l’entourage direct des apprentis pilotes, peut alors atteindre 100.000 euros par an. Dès 8 ans, les coûts montent donc rapidement et les sponsors sont encore loin.

Pour les meilleurs en karting, le passage dans les catégories de monoplace, telles que la Formule 4 ou la Formule BMW, les fait basculer dans des championnats d’une autre dimension. Les voitures évoluent, les budgets avec. Jusqu’à éventuellement atteindre la Formule 2, étape ultime avant de concourir en F1. « En Formule 2, ce sont des budgets d’environ 2 millions d’euros par an. Sans soutien derrière ni sans sponsor, on ne peut pas y arriver » m’explique Louis Delétraz, pilote suisse de 21 ans, qui court actuellement en Formule 2 chez Charouz Racing System. Il a grimpé tous les échelons pour arriver dans cette antichambre de la Formule 1.

Mécénat sportif

La sélection s’effectue donc dans le baquet de sa monoplace, mais également en coulisses. Si certains pilotes sont issus de familles de milliardaires et se soucient peu de ces contraintes financières, la plupart ont dû développer un réseau de soutiens dès leur adolescence pour continuer à progresser et assumer les coûts de la pratique automobile. Défi d’autant plus grand que ces catégories sont souvent bien moins médiatisées que la très visible Formule 1.  Delétraz compte par exemple sur une entreprise financière, ADS Securities, depuis ses 13 ans. « Il y avait un budget mis en place, nous avons évolué avec lui. Chaque année, nous avons une discussion de soutien » explique Philippe Ghanem, vice-président de l’entreprise, qui parle de « parrainage » concernant ce soutien financier. « Je ne considère pas ça comme un investissement » explique-t-il, en évoquant une approche « centrée sur l’individu ».

En effet, pour beaucoup de sponsors soutenant de jeunes pousses du sport auto, ces sommes dépensées sont un pari sur l’avenir. Les retours demeurent incertains, transformant bien souvent ce sponsoring en une nouvelle forme de mécénat sportif de long-terme. Surtout que -si le pilote soutenu parvient en Formule 1- les sponsors individuels de longue date peuvent difficilement les suivre et s’aligner avec les budgets stratosphériques des écuries, oscillant entre 100 et 500 millions d’euros par année, sans commune mesure avec les catégories précédentes.

Jeux politiques

Au-delà du budget, les jeunes pilotes doivent aussi acquérir un véritable sens politique pour évoluer dans les paddocks et savoir se placer dès leur jeune âge. Les grosses écuries ont ainsi créé leurs académies de jeunes et soutiennent des équipes dans des catégories inférieures. Les mastodontes Ferrari, Renault, Mercedes ou Red Bull assurent par exemple l’émergence de leurs propres pilotes et se créent de véritables viviers de talents. Tout est alors fait pour optimiser le potentiel des juniors, mais surtout pour sécuriser leur présence au sein du groupe et éviter de coûteux transferts quelques années plus tard.

« Pour aller en Formule 1, il faut le résultat. Mais le fait d’être le meilleur n’amène pas automatiquement en F1 » résume avec franchise Louis Delétraz. « Il y a 20 sièges, si personne ne sort, aucun jeune ne peut rentrer ! Et chaque siège de libre, nous sommes au moins 40 à le vouloir. Il faut que les étoiles s’alignent. Il faut avoir la chance d’être au bon endroit au bon moment ».

La multiplication des « pilotes payants » ces dernières années est l’exemple ultime d’un milieu où le talent s’est trop souvent dissocié du mérite à courir à haut-niveau. Ces pilotes paient directement les écuries, souvent via des gros sponsors voire parfois des Etats, pour avoir le droit d’avoir un volant dans la catégorie reine. Les frontières entre les sponsors, les constructeurs, les pilotes et leurs entourages deviennent floues, et ce au détriment de l’aspect sportif.

Louis Delétraz, qui a marqué ses premiers points de la saison il y un mois en signant un très bon weekend à Monaco, mesure quant à lui l’étendue du chemin qu’il reste à faire. Sa deuxième place sur le prestigieux circuit de la Principauté, signée au volant de sa Formule 2 à la veille de la course des F1, l’a mis en lumière. La route demeure longue avant de prendre place dans un baquet de F1. Prochain défi : performer sur le Grand Prix de France. Après une encourageante 7ème place lors de la première manche, ce weekend s’annonce haletant.

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